Comme nous l’avons évoqué au chapitre 2, pour massifier les filières de production alternatives, la charge de l’investissement dans la transition ne devrait pas reposer sur les individus mais sur les institutions publiques, pilotées par les citoyen·ne·s, de l’échelle locale jusqu’à l’échelle fédérale. Les territoires auront besoin d’un budget conséquent capable de répondre aux investissements engendrés par cette transition indispensable.
Le modèle économique imaginé par Bernard Friot et Réseau Salariat porte une idée révolutionnaire. Il nous semble être la base théorique fondamentale pour une organisation économique post-capitaliste capable de répondre aux enjeux sociaux et environnementaux.
Ce système consisterait à verser un premier niveau de salaire de manière inconditionnelle, lié à la qualification, à tous·te·s les citoyen·ne·s en âge de la majorité civile, en socialisant la richesse produite par la cotisation sociale. Le salaire ne serait ainsi plus lié au poste de travail, propriété de l'employeur, mais à un statut politique de producteur·rice attaché à la personne, permettant ainsila reconnaissanced'une partie du PIB non marchand, comme le travail domestique, l'activité des retraité·e·s, des chômeur·euse·s, des bénévoles, des étudiant·e·s.
C’est donc une remise en cause profondede la logique capitaliste qui régit aujourd’hui la relation entre le travail et le salaire.
Dans ce modèle économique, la notion de salaire à la qualification personnelle serait indissociable d'une remise en cause de la notion de propriété privée lucrative de l'outil de travail. Celle-ci serait remplacée par une notion de copropriété d'usage. Les travailleur·euse·s seraient des copropriétaires d’usage de leur outil de travail, payé·e·s de manière socialisée par une caisse de cotisations sociales que l’ensemble des collectifs de production alimenterait. La notion de qualification personnelle s’accompagnerait donc de la fin de l'exercice de la propriété privée lucrative de l'outil de travail, et de la généralisation de la propriété d’usage.
Nous adhérons naturellement à ce principe économique. Néanmoins, nous nous demandons comment il serait adaptable à la vision autonomiste que nous avons jusqu’ici développée.
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Questionnement :
- La création de caisses territoriales :
Dans le cadre de la souveraineté économique des territoires, nous pensons que chaque territoire devrait pouvoir construire son propre budget pour financer ses services publics, les entreprises locales socialisées et les salaires à vie de ses citoyen·ne·s.
Dans ces conditions, ne serait-il pas souhaitable de décentraliser la gestion des caisses de collecte dans les territoires ? Cela permettrait aux territoires de capter des ressources financières pour construire leur budget.
- Fixer le prix des biens et services et le montant du salaire à vie
Dans le cadre d’une économie basée sur le salaire à vie, comment fixerait-on le montant du salaire à vie ?
Comment fixerait-on le prix des biens et services?
- La création des entreprises
Les entreprises qui n’utilisent pas directement les ressources du territoire deviendraient donc des copropriétés d’usage. Dans ce cas, l’autorisation de créer ces entreprises ne devrait-elle pas revenir elle aussi aux institutions publiques dirigées par les citoyen·ne·s ? Nous aborderons cette question dans les paragraphes qui suivent.
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Les entreprises qui couvrent les besoins fondamentaux et utilisent des ressources locales
Au niveau local, une partie des entreprises seraient publiques: celles qui concernent la gestion des ressources devenues bien commun et celles qui participent au recouvrement des besoins fondamentaux, qu’elles soient marchandes ou non marchandes. Les citoyen·ne·s décideraient, via des outils démocratiques spécifiques, d’utiliser ces ressources pour subvenir à leurs besoins et, ou, de les utiliser à des fins commerciales. Les territoires seraient donc directement les bénéficiaires de toutes les actions commerciales de ces entreprises.
Un fonctionnement économique local spécifique garantirait la distribution, entre les citoyen·ne·s, des ressources des territoires permettant de subvenir à leurs besoins fondamentaux. Ce fonctionnement devrait permettre de créer un lien économique circulaireentre les travailleur·euse·s qui utilisent les ressources, de la culture jusqu’à la distribution, les institutions publiques locales et les consommateur·rice·s. Questionnement :
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Questionnement :
- Au niveau local, quel fonctionnement économique spécifique pourrait garantir la juste distribution des ressources entre les citoyen·ne·s et?
- Dans le cas où les citoyen·ne·s décideraient d’utiliser une partie des ressources du territoire à des fins commerciales, leur valeur économique serait directement captée par les institutions de ce territoire. Dans quelle mesure la captation de cette valeur économique contribuerait à construire le budget du territoire ?
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Les entreprises qui ne couvrent pas des besoins fondamentaux
Les entreprises qui répondent à des besoins non fondamentaux ne seraient pas forcément publiques, mais seraient socialiséessur le principe du salaire à vie. La gouvernance de ces entreprises suivrait les logique de gouvernance que nous trouvons dans les coopérative ou dans les système de gouvernance holacratiques ou sociocratiques.
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Questionnement :
- Sortir les entreprises d’une logique de surproduction
Dans la théorie de Bernard Friot sur le salaire à vie à la qualification personnelle, rien ne vient limiter la production des entreprises, qui peuvent donc continuer à agir dans une logique productiviste.
Ne serait-il pas intéressant de limiter l’activité de ces entreprises, dans une démarche de prise en compte des limites planétaires ? Celles-ci pourraient se voir fixer par les institutions locales des objectifs de participation au budget du territoire. Une fois l’objectif atteint, l’activité pourrait-elle être suspendue ? Quel mécanisme pourrions-nous imaginer pour limiter la production des entreprises non publiques ?
Cette discussion est à entreprendre avec Réseau Salariat.
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La coordination économique entre les territoires
Dans les échelons de gouvernance supérieurs (les biorégions), les territoires se coordonneraientpour mutualiser le financement d’industries plus lourdes, non assumables par un territoire seul. Ces moyens de production seraient détenus par les institutions publiques de l’échelon de gouvernance concerné, qui coordonneraient la bonne mutualisation financière et la répartition des biens et services mutualisés qui seraient produits.
Au niveau fédéral, l’ensemble des biorégions se coordonneraient, quand cela est nécessaire, pour identifier leurs besoins d’achat mutualisé de ressources ou de moyens de production et décider de plans de financement pour répondre à ces besoins. Afin de faire des économies d’échelle, l’État fédéral se transformerait donc en centrale d’achat pour les territoires (nous l’avons évoqué dans le chapitre 2).
Actuellement il existe déjà un organisme bancaire qui mutualise les fonds des territoires pour financer leurs projets, c’est l’ AFL, la banque des collectivités locales. Les collectivités territoriales se sont organisées elles-même pour trouver des solutions de financement autre que l’État.
Le processus de création d’entreprise
Dans une société post-capitaliste, nous devrons réfléchir à un processus de création d’entreprises différent, afin de privilégier la création d’entreprises qui répondent à un besoin réel des citoyen·ne·s, et d’écarter la création de celles qui produisent des biens ou services non approuvés par les citoyen·ne·s. Ainsi, les citoyen·ne·s devraient pouvoir exprimer leur volonté de développer des entreprises sur leur territoire au regard de la nécessité du bien ou service produit, des besoins budgétaires du territoire et des impacts environnementaux et sociaux.
- Tout·e citoyen·ne pourrait proposer la création d’une entreprise, qu’elle concerne une échelle locale ou plus large. La proposition serait soumise aux institutions compétentes pour décider de la création de l’entreprise.
- Des citoyen·ne·s expert.es dans des domaines de production stratégiques pourraient aussi recommander des créations d’entreprises.
- Les institutions pourraient elles-aussi proposer des projets pour répondre aux objectifs de production.
Cette réflexion est à approfondir avec Réseau Salariat. Questionnement :
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Questionnement :
- Les chambres de l’industrie et du commerce (CCI) déjà existantes pourraient-elles êtres adaptées pour servir à ces décisions?
- Comment transformer ces institutions pour intégrer des pratiques démocratiques qui permettraient une forme de planification de la production ?
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